Sutton Breiding, surtout poète

Aujourd’hui, j’ai envie de parler d’un collègue, américain. Le poète G. Sutton Breiding (GSB). Nous nous suivons mutuellement depuis quelques années et je dois dire que ses créations me plaisent beaucoup.

Bien sûr, il a un univers à lui bien particulier, mais qui résonne parfois à mon propre chemin de création : sa musique de mots, sensible, me parle, sans forcément que j’en capte toute la quintessence – non pas parce qu’ils sont en anglais, je lis cette langue (tout comme je préfère lire d’ailleurs les poèmes de feu Jim Harrison en anglais), mais parce que je ne suis évidemment pas à sa place, dans son esprit, son délire, sa vision, son affect ou ressenti, sa souffrance aussi ; bref son Odyssée intime.

Sutton Breiding est, entre autres, adepte de science-fiction. Mais sa posologie est surtout l’humour noir. Il se trouve que j’apprécie plus que de raison l’humour, et le grinçant, celui qui dérange si possible. Depuis l’absurde sans conséquence au plus éventuellement choquant.

Son nom sur le réseau social Twitter est « ghost of poetry » (fantôme de poésie) et son pseudo est « illdesperate » (malade désespéré), vous plaçant d’emblée en lien direct avec ce qui l’habite.

J’aime la façon dont il ne se prend pas lui-même au sérieux, mais dont il aborde la poésie entièrement, naturellement. Comme s’il ne pouvait créer un autre monde que le sien, parallèle. Un monde aussi discret que le son silencieux du cosmos.

Ses vers, souvent sombres, parfois mélancoliques, évoluent avec les années et ses états d’âme. La vie peut faire peur oui, il le sait sans doute. C’est ainsi qu’il tente de poser ici ou là des petites phrases, sortes de haïkus nous rappelant l’impermanence des choses. Comme une ballade sur cette terre qui brûle sous nos pieds et notre regard.

Où que l’on se trouve, chaque jour est vécu comme une perte, ce qui pousse parfois à se définir Alien, dans un monde imaginaire bien plus supportable.

Sans aucune ostentation ni hurlement, Sutton Breiding poursuit un voyage (inter)planétaire avec la lucidité d’un enfant qui n’a jamais fini d’aimer, en proie à une quête du non-mensonge.

Ce qui est à peu près certain est que son anticonformisme me sied agréablement et largement. Il a qui plus est l’élégance de le partager avec simplicité et modestie.

Sutton Breiding est peu connu du grand public, comme la plupart des poètes du monde entier. Je ne l’ai découvert moi-même, je l’avoue, que huit ans en arrière. Mais c’est déjà un immense plaisir que de le suivre. Car une chose est sûre, le rêveur George est pleinement poète.

gsuttonbreiding.net/
gsuttonbreiding.net/2001-03/shouts_the_welkin.pdf
gsuttonbreiding.net/1986-2000/White_Maps_Introduction.pdf

https://en.wikipedia.org/wiki/G._Sutton_Breiding
Photo : by BateJaneToren

ENGLISH VERSION