De Burine au burin

Il est des dimanches qui s’éternisent jusqu’au moment où un ami poète américain mentionne en ligne quelques vers d’une poétesse française que l’on aurait « presque » oubliée : Claude de Burine*.

J’ai donc « presque » honte de la redécouvrir (merci/thank you Georges), alors que, bien sûr, je vis passer son nom et surtout ses poésies, notamment dans les numéros de la revue Poésie 1.
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Les poètes se baladent tous – parfois sans le savoir – avec un burin de sculpteur, sculpteur de vers certes, mais essentiellement sculpteur de sensations vives. C’est donc avec mon propre modeste burin que je me replonge dans l’univers de Burine.

« La poésie, c’est un état. Une sorte de vagabondage. J’avais trois ans, quand un soir, je suis sortie seule. Pour essayer de ramener le clair de lune dans le seau de champagne de mes parents. La poésie, c’est ça… »
(source)

Petite émotion de lire cette vision des choses qui va en réalité bien au-delà du ressenti et que je partage depuis toujours sans le savoir. Oui c’est un état ; je l’ai toujours vécu ainsi.

Lettre d’Automne

Le givre qui déjà fait ses pointes, les derniers soleils, leur tête penchée, flétrie comme ceux qui reviennent des vêpres, je voudrais te le dire, te dire aussi que la lune devient une orange lorsque le froid s’annonce, mais cela, tu le sais, ce sont des images de marché commun. Et c’est en cadeau que je te donne les petits feux dans les champs pour brûler les chaumes.

Ce ne sont pas des fleurs qu’on doit t’offrir mais les feux qui brûlent fort. S’allument ici, ailleurs. Tu les verras puisque je te les annonce.

Les heures qui courent en moutons dociles et sales n’ont pas la certitude des murs qui les abritent ni l’appui du béton-maire, ni de celles qui se voulaient des anges.

On commence à fermer les portes des granges sur des bois vivants.

Aux objets trouvés, on va chercher les mots des amours perdus.

Et c’est toi qui viendras m’attendre à cette gare où s’arrête et repart le train qui ne revient pas.

Claude de Burine,
in Le Pilleur d’étoiles (Gallimard, 1997)

 

En savoir plus sur la poétesse Claude de Burine de Tournays :
Poetika17

De chair d’ongles et de sang
Les hommes sans épaules
Wikipédia


* Historiquement : famille Dragonnet de Burine, originaire de Tournay (liée au château de Rosières).