Cher Char

Une définition est toujours personnelle et Char s’en charge ainsi : “La fonction de la poésie est de maintenir cet affrontement des contraires, d’en recueillir la souffrance et le fruit.” “Le poète transforme indifférement la défaite en victoire, la victoire en défaite, (…) Magicien de l’insécurité, le poète n’a que des satisfactions adoptives. Il convient…

Que les habitudes titubent

  Rai de soleil arrondi de silence Le dimanche casse la cadence, Le profit frôlant l’armistice Jusqu’au lendemain qui déchante Face aux immondices Enfantés par les temples Ouverts à toute amplitude. Laver la tôle de notre suffisance Qui en tête caracole, La finance menant la danse La liberté terminera dans la rigole. Ô poètes incorruptibles…

L’homélie d’Amélie

  Alors vint la tempête depuis l’ouest. Mais pour le poète qui voit sans boussole, La rose des vents n’est qu’une borne De chemin circulaire. Et le soleil intervient dans l’horizon Du petit matin aérien où Les vapeurs de la veille Encombrent l’espace. Le moment du jour subi Frappe de son cliquetis Et remet le…

Noir ou blanc, je souris au gris

  Le manichéisme ambiant m’arrache souvent un cri. Mais un cri de souris, c’est comme un trou de souris, Tout petit. L’horizon dépend du vent, de l’énergie, des courants, L’espace dépasse nos regards hagards Occupés à chercher des réponses. Le temps, sujet de ce monde frénétique En proie à détruire et à fuir en avant,…

Chusa ou l’art de ne pas chuter

  La folie est universelle Et tout le monde peut la rencontrer. Seuls les plus intelligents et sensibles La prennent à bras le corps ; Car il faut être courageux Pour fuir dans l’autre sens Dans cette supposée différence. Le formatage est universel Et tout le monde peut y succomber. Seuls les plus intelligents et…

La nature et le nanti

La nature anéantie Par le nanti de lui-même, Le bipède en transit De peur, s’accrocha À toute forme de lingot, Rechercha la puissance Le temps d’une fuite Détruisant l’essentiel À gogo. La nature et le nanti Ne purent se parler, Dans l’antichambre De l’esprit occulté Le mâle mû par l’angoisse Se trompa de survivance, Et…

Un monde anti-sphérique

Ce matin, je me demandais ce que je pouvais bien publier dans ce journal vaguement discipliné. Aspirant à une condition d’inspiration – même s’il ne faut rien attendre –, j’ouvre alors mon coffre à poésie et commence d’en sortir, un par un voire deux par deux, tous les recueils empilés. Rien à faire, tournant, retournant…

La discrétion comme seul bien

À un salon du Livre, au siècle dernier, mon regard choisit un petit livre posé sur une table. Détail. Depuis que je suis repartie avec ce recueil sous le bras, je l’ai toujours à portée de main. Il s’agit de “Mon humaine clandestinité”, de Michel Reynaud. Moins d’une trentaine de poèmes, plutôt courts, dont la…

Les rêves vieillissent avec nous

Pessoa a une approche qui m’enchante car elle fait référence au rêve auquel il confère une place centrale, comme le faisaient d’ailleurs les Indiens d’Amérique. Ainsi écrit-il : « Vis ta vie. Ne sois pas vécu par elle.
 Dans la vérité et dans l’erreur, dans le plaisir et dans l’ennui, sois ton être véritable. Tu…

Sutton Breiding, surtout poète

Aujourd’hui, j’ai envie de parler d’un collègue, américain. Le poète G. Sutton Breiding (GSB). Nous nous suivons mutuellement depuis quelques années et je dois dire que ses créations me plaisent beaucoup. Bien sûr, il a un univers à lui bien particulier, mais qui résonne parfois à mon propre chemin de création : sa musique de…

Soufi Saâdi a dit

“Gülistan, le jardin des roses“, un classique que je retrouve entre les mains aujourd’hui. Et nul besoin de gants de jardinier pour y pénétrer. Les roses ici ne piquent pas. Le lecteur a seulement besoin de son cœur et de son âme. Saâdi, poète persan, a beaucoup voyagé, a beaucoup rêvé et beaucoup écrit. Son…

Quelques minutes d’infini

  Dans son recueil “Fragments verticaux” (traduit de l’espagnol par Silvia Baron-Supervielle), Roberto Juarroz présente quatre parties dont il me plaît souvent de relire la deuxième, intitulée “Presque poésie” et qui propose 205 textes. J’ai envie de partager ici les numéros 166 et 167 qui résument assez bien l’ambiguité de toute position artistique, pour peu…

Tragédie grégaire

  Vide-ordures océanique de l’homo erectus Traversé, exploité, en chalut ou pedibus, Depuis la plage, l’usine ou la décharge ouverte. But intentionnel qu’une mer en soit recouverte. Les particules de plastique sont le meilleur carburant Du le processus d’auto-destruction du prédateur vivant. Qui ne voit, qui ne sent, qui n’entend rien, Sourd à sa propre…

La couleur et le silence

  Hollan se réveille à ma mémoire alors que je trie quelques vieux cartons d’invitation du siècle dernier. Je me souviens avoir vu de ses peintures par trois fois. D’abord dans une galerie du Marais. Alors que je me faisais une joie discrète de découvrir cette exposition, à l’intérieur hélas, le silence total nécessaire pour…

Entre deux nourritures célestes

Un dimanche silencieux, Quasi ethéré, entre deux. Alors que mon cerveau intestinal réclame des substances divines, me revient ce livre de cuisine, calé entre deux ustensiles. Alors que mes pupilles remplacent mes papilles avec délice, les pages se tournent entre deux épices… et j’en oublie de manger ! Alors que ma salive reprend ses droits…

Sous la plume, l’enclume

Dans les décombres De nos existences, Des âmes en pénitence Ne dorment jamais, Profitant de la nuit Pour passer l’éponge. Alors le fiasco résonne Du désastre de l’occupant À l’avidité mortifère. Face au champ de l’ego Le chant de l’oiseau détonne, Attendant le sanctuaire. La conscience est légère Dans le sommeil profond, Mais le temps…

L’été des jeux de mots laids

Comment le poète vit-il un été De canicule augmentée ? En attendant la marée montante De l’inspiration nonchalante, Les mots découvrent le loisir Qui font semblant d’écrire. Le Je ramasse les rimes Pour en faire des maximes. Alors arrive le jeu de mots suprême Le jeu de mots laids par excellence Celui à cacher des…